La Rupture (Par Zébu)

Il arrive toujours un moment, ce type de moment que tout le monde reconnaît sans même l’avoir déjà vécu, où nous prenons conscience que ce qui fut ne reviendra pas, que ce qui viendra sera, devra être différent. Nous sommes arrivés à ce moment, qui semble remonter à l’éclatement de la crise mais dont le point de départ est bien plus lointain que ces seules 5 dernières années, pendant lesquelles beaucoup ont tout perdu et quelques uns ont encore plus gagné.

Il nous faut choisir, pas seulement pour nous-mêmes mais surtout pour ceux qui seront, pour qu’ils puissent choisir, pour rendre hommage à ceux qui nous ont précédés, pour que nous soyons honorés quand notre temps sera révolu.

Nous pouvons choisir de continuer à accepter que les inégalités de richesse continuent d’augmenter entre les hommes, que la part des salaires et du travail diminuent dans la richesse créée, que le plein emploi soit toujours à l’horizon quand le travail décline, que l’automatisation croissante des activités économiques ne profite pas aux hommes, que le crédit remplace de manière croissante ce que le revenu tiré d’un travail ne permet plus, que la spéculation financière pompe l’économie à son seul profit, que la richesse engendre la richesse par la seule force de l’intérêt versé au capital pour sa simple existence, que l’opacité instituée comme principe ne permette à tous les trafics d’échapper à la loi commune et à l’impôt, que la complexité liée à la dérégulation submerge la réalité, que les ressources de notre environnement soient une aubaine dont plus personne ne se sent redevable envers personne.

Ce chemin a été suivi et il n’a mené nul part, si ce n’est à ce qu’un président d’un pays qui créa la démocratie finisse par répondre à ses créanciers que le peuple grec n’avait plus rien à donner, à ce qu’à une inéquitable répartition des charges contributives entre citoyens ne finisse par provoquer un refus à consentir l’impôt, notamment des plus riches, à ce qu’une croissance dans l’Union Européenne cumule à – 0,8% pendant ces 5 dernières années et ne soit estimée à 0% en 2013, quand il faudrait à minima un taux de 5%[1] pour que la zone puisse espérer sortir de la crise, taux que l’Union Européenne n’a jamais atteint même à son plus haut en 2000. La dette publique, contre laquelle des politiques d’austérité ont été lancées, est passée de 89,9% du PIB en 2012 à 93,4% en 2013 et 24 pays sur 28 ont connu une augmentation de ce ratio dette/PIB. La Belgique, l’Irlande, la Grèce, L’Italie, le Portugal ont une dette publique supérieure à 100% de leur PIB et l’Espagne, la France, Chypre, le Royaume-Uni une dette égale ou supérieure à 90%. Le chômage a lui progressé en Union Européenne de 38% en 5 ans, passant de 7,6% à 10,5%.

Ces politiques ont dû être menées parce que les États ont pour la plupart dû faire face aux conséquences de la crise provoquée par la spéculation et la dérégulation financière, pour sauver un monde financier qui a participé à créer cette crise.

Ce chemin n’a permis en définitive qu’à stabiliser un système dont la situation est devenue critique, au sens où n’importe quel choc peut provoquer son effondrement. Ce chemin a échoué et il continuera d’échouer même avec le retour de la croissance, laquelle ne résoudra pas les causes profondes de cette crise, notamment en Europe. Car même ainsi, le passé restera révolu, le système financier restera irrémédiablement atteint ainsi que le mode de production, de répartition et de consommation de richesses.

Heureusement, comme dans tout choix, il existe au moins deux possibilités : nous ne sommes donc pas condamnés à reproduire indéfiniment la même chose. Mais s’il est possible de choisir un futur à venir différent de ce passé perpétuel, cela impose dès lors une rupture, de déchirer ce qui nous relie à ce monde failli et révolu, de manifester clairement ce choix et de l’assumer dans le cadre politique qui est le nôtre en Europe, la démocratie. Car force est de constater que malgré les alternances politiques lors des diverses élections dans quasiment tous les pays européens, aucun projet de rupture radicale n’a pu ni être mis en œuvre ni même être élaboré par les partis politiques, les seuls à le faire prophétisent en fait un retour vers un passé antérieur comme étant la meilleure posture pour capter le désarroi des citoyens.

C’est pourquoi, nous, citoyens, nous engageons par ce manifeste à soutenir les mesures qui permettront une rupture concrète en l’absence de laquelle nous estimons qu’il existe des risques d’implosion majeure au sein de notre société, dont celle-ci aura énormément de difficultés à se relever. En l’absence d’une intégration de tout ou partie de ces mesures dans les programmes des partis politiques, nous nous engageons à effectuer le seul choix démocratique qu’il nous reste, choix valable et cohérent d’avec notre engagement : voter blanc. Les partis politiques seront ainsi les seuls à devoir assumer les conséquences politiques d’un tel choix. Car ces mesures s’attaquent aux causes de la crise, sont concrètes et sont réalisables.

Pour tous, c’est l’heure du choix.

Pour nous, il est déjà fait.


[1] « It may even end up adopting a nominal income target, explicitly or implicitly, for the simple reason that the crisis in the eurozone is ultimately insoluble without annual nominal growth of at least 5 per cent. », Wolfgang Münchau, Financial Times, 23 septembre 2012.

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