Pulvar et Montebourg : trop Français ?

Par Renaud Chenu (Marianne2)

Il est de bon ton aujourd’hui de tailler un costard au couple Audrey Pulvar – Arnaud Montebourg. En quoi est-il si incommodant ? Peut-être parce que le duo amoureux, dans ce qu’il dégage et représente, éclaire un peu trop tous les renoncements de nos élites… souligne le journaliste Renaud Chenu, qui argumente en sa faveur.

Notre vieille nation connut certes des polémiques plus glorieuses, mais chaque époque impose ses disputes et je ne résiste pas à sacrifier à la légèreté d’une controverse si emblématique des maux qui frappent nos ébats intellectuels. Ainsi, deux belles gueules, convolant gracieusement dans notre espace public en déshérence, glacent d’effroi toute une kyrielle de grincheux à la moindre de leur apparition. Lui, son crime est d’être un vent d’air frais dans une France politique qui sent le moisi. Elle, sa faute de goût est d’en avoir trop, justement, du goût, pour la réussite, la liberté et certainement les beaux mecs. Bref, penserions-nous que leur éclatant bonheur renvoie par effet de contraste à leurs contempteurs la détestable image de leurs renoncements que nous risquerions fort de nous approcher de la vérité.

Désormais, que l’un ou l’autre bouge une oreille, et nous voyons surgir un courageux volontaire bien décidé à prouver sa valeur en allant tranquillement dans le sens du vent. Se faire Pulvar ou Montebourg, ou les deux dans le même mouvement, sera bientôt aussi tendance que de venir au Petit Journal pour acquiescer avec conviction aux lumineuses démonstrations de Yann Barthès prouvant que Mélenchon est bougon, Dupont-Aignan interlope ou Marine Le Pen la fille de son père. C’est dire si l’exercice est branché.
 

DE GUILLON À JEUDY

Le dernier en date à s’être fendu d’une fulgurance à leur encontre fut Stéphane Guillon dans l’émission de Laurent Ruquier du 17 décembre dernier. L’auguste humoriste n’a pas supporté que la journaliste remette en cause son statut de Martyr absolu de l’arbitraire sarkozyste. L’homme préfère à l’évidence envoyer des exocets sur des victimes empêchées de répondre directement que se trouver dans l’obligation de supporter une conversation éclairée avec une femme d’esprit. Décidant de marquer son mépris face à l’impudente, il lui répondit en imitant Arnaud Montebourg. Lui aurait-il dit « Connasse, retourne dans ta cuisine » que nous aurions été plus à l’aise devant notre téléviseur. La semaine précédente, de façon plus discrète mais avec une virulence aussi hargneuse, l’inénarrable Bruno Jeudy, rédacteur en chef au Journal du Dimanche, s’était permis de réduire Madame à Monsieur dans un tweet d’une insondable profondeur : « Trop donneuse de leçons Madame Montebourg face à Valls. Désolé, elle n’est plus à sa place. Ça ne pourra pas continuer en 2012 #onpc », suggérant incidemment à la direction de France Télévision de la dégager fissa. Élégant. Tout ceci fait écho à la chorale des anges de l’indépendance de la presse gémissant sur sa simple présence dans un bar où se fêtait l’entrée de son mec dans l’Olympe des socialistes à la faveur de ses 17% aux « primaires ».
 

LE SERVICE SOCIÉTÉ POUR LES FILLES, LA POLITIQUE POUR LES MECS

Chère Audrey, il est grand temps que tu comprennes deux ou trois choses. Notre délicieux régime de liberté autorise tant de choses qu’il est naturel de voir ses gardiens auto-proclamés, journalistes ou humoristes, t’en montrer les saines limites. Ton esprit de midinette t’a égarée. Ça ne te suffit pas de t’être hissée si haut, femme et minorité visible à la fois, tu te permets aussi de prendre par dessus la jambe les codes sacrés des élites ? On ne peut te laisser baguenauder en public avec le premier impétrant venu, ça fait très mauvais genre dans le décor, ça alimente toutes formes de soupçons sur nos collusions véritables. Prends exemple sur tes consœurs, les Sinclair et Schönberg, réfugie-toi dans le futile. Tu sais, des émissions de société. C’est bien, le « service société » pour les filles. D’ailleurs dans les journaux, il n’y a que des filles dans ce service ! Laisse aux mecs la politique, les affaires du monde, tout ça. Ça ne t’a pas suffit ta suspension d’i>Télé y’a un an ? Ou alors plaque-le, ton Jules agaçant, montre ton indépendance, parbleu ! Quoi ? Ockrent, qui dirigeait l’Audiovisuel extérieur français quand son mari était Ministre des Affaires étrangères ? C’est la marque de Sarkozy, une France pleine d’exceptions, rien de plus. Chère Audrey, rentre dans le rang, tout le monde sera beaucoup plus à l’aise, je t’assure. Et quoi ! Tu vas te fendre d’une tribune dansLibé pour proclamer « La meuf elle t’emmerde ! » (1) ?
 

TOUS CHAUFFÉS À BLANC PAR LA DÉMONDIALISATION

Lui, de son côté, emmerde vraiment tout le monde. Personne ne lui reproche d’être Monsieur Pulvar mais on lui fait grief des mêmes travers. Trop indépendant, pas assez dans le moule, trop grande gueule. Arrive-t-il à imposer le concept de rénovation au Parti Socialiste que chacun se rallie à son idée des primaires. Mais il est honni, par Aubry en tête, quand il suggère de mettre un peu d’ordre dans les fédérations où la dérive affairiste est un secret de polichinelle. Et s’il joue le jeu de « la famille » en attirant l’attention de la cheftaine de Solférino par une discrète missive, comme celle désormais célèbre relatant les péripéties de certains élus du Pas-de-Calais, celle-ci prend la mouche, ne tolère pas qu’on puisse lui dicter sa conduite et distribue à la presse enchantée les recommandations jugées discourtoises pour mieux tancer ensuite son « ego » publiquement. Il ne fait là que son job de « secrétaire à la rénovation », et il passe pour un mégalo alors même qu’il avait opéré plutôt sobrement, pour une fois. Et que dire de son accessit à la « germanophobie » lorsqu’il s’est contenté de souligner l’intelligence de la Chancelière Merkel à mener une politique de puissance en la comparant au magnifique Bismarck qui inventa l’Allemagne à lui tout seul ? Toute la droite en rang d’oignons derrière François Fillon a dénoncé ce comportement digne de l’ennemi de l’intérieur au moment même où Nicolas Sarkozy capitulait pour la dixième fois de suite devant les exigences allemandes mettant tout le continent au pas de sa rigueur. Ces réactions dithyrambiques, c’est en réalité un peu de sa faute. En imposant la démondialisation et le protectionnisme européen dans le débat public, il les a tous chauffés à blanc. A ce titre , il n’est pas loin d’être « l’homme politique de l’année 2011 », mais aucun de ceux qui courent désormais derrière le « produire français » après avoir défendu la dérégulation pendant trente ans, à droite et à gauche, ne l‘admettra… Seule Marie-France Garaud s’est rangée à son côté lors d’une causerie chez Calvi, son propre camp jugeant indélicat de le défendre. Mais Marie-La France les vaut bien tous, voire davantage, c‘est dire s‘il est blanchi.

 

QUAND RAPHAËL ENTHOVEN RÉDUIT AD HITLERUM LA DOCTRINE MONTEBOURG

 
On reconnaît les vrais esprits dérangeants à ce qu’ils provoquent des réactions si contradictoires que les unes se chargent finalement de décrédibiliser mécaniquement les autres. Ainsi, au détour d’un Forum organisé par Libé à Lyon le mois dernier, notre chef du parti « germanophobe » s’est fait tailler un costard de nazi par le « philosophe de la télé », Raphaël Enthoven, qui osa une réduction ad hitlerum de la doctrine Montebourg. « La démondialisation est une idée fausse parce qu’elle repose sur l’idée qu’on peut remonter le temps ; elle est arrogante parce qu’elle suppose que la petite France peut changer le monde. Le lexique de Montebourg est douteux, historiquement. Ce ne sont pas des thèses socialistes‑nationales mais nationales‑socialistes ». L’ignorance crasse du propos laisse songeur quant à la sélection de nos élites philosophiques, à moins que le philosophe n’ait voulu faire en creux la démonstration que si lui-même était la preuve vivante de la béhachélisation de la philosophie française, on ne pouvait que faire le constat du ratatinement national expliquant intrinsèquement la vague d’indécence et de vulgarité à l’encontre d’un couple si charmant, et, disons-le enfin, tellement français.
 

ON NE PEUT PLUS IDÉOLOGIQUEMENT FRANÇAIS COMME ATTITUDE

Car elle est on ne peut plus française, l’ironique arrogance de leur posture, cette façon de clamer en silence un élégant mépris pour tous ceux qui trouvent insupportable des esprits manifestant tant d’insoumission et en même temps si libres d’évoluer en ces milieux où un certain conformisme reste la règle pour accéder aux plus hautes marches. Cette manière de faire la leçon à tout le monde au nom de la morale républicaine, au nom du peuple en tant que son mandant… On ne peut plus idéologiquement français comme attitude, et pourtant, la quasi totalité de ces mandataires s’excuseraient presque d’exister à l’apparition du premier technocrate venu. Et que dire d’elle, la minorité visible qui a pris au pied de la lettre la notion de méritocratie républicaine et se permet d’être à la fois professionnelle accomplie, femme épanouie et de dire « je t’emmerde » au premier qui l’agace, fût-il membre de l’oligarchie capitaliste. C’est peut-être cela qui incommode tant. Ce que le duo amoureux dégage et représente éclaire un peu trop tous les renoncements de nos élites. Elles ont oublié depuis longtemps la promesse républicaine et sont révulsées à l’idée qu’on leur rappelle cette trahison au moment où, présidentielle oblige, elles s’apprêtent à convoquer tous les vieux mythes justifiant leur existence. Et ils provoquent cette ire délirante avec une expression irréprochable : on est loin avec Montebourg des « bachibouzoukeries » (2) d’un Mélenchon qui développe pourtant une ligne très proche de la sienne. On est encore plus loin d’une tentative trash de journalisme punk chez Pulvar. C’est bien malgré eux qu’ils sont devenus l’incarnation du mal. Ou de la France, belle quand elle est rebelle. Idée insupportable aux adeptes de la résignation. 

(1) Audrey Pulvar avait publié une tribune à l’adresse du parfumeur Guerlain dans Libération qu’elle avait conclue en reprenant les terme de Césaire « Eh bien le nègre il t’emmerde ». Celui-ci avait douté sur France 2 que les « nègres » aient « toujours tellement travaillé ». 

(2) Terme emprunté à l’ami Gérald Andrieu.

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Une réponse à “Pulvar et Montebourg : trop Français ?

  1. ils m’insupportent tous les deux et ce , pas pur des raisons politique!!
    lui se croit sorti de la cuisse de jupiter trop imbu de lui-meme!!!
    et elle qui se la joue intello avec ses lunettes hideuses c’est grotesque!!

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